La folie mondiale du matcha déstabilise la production traditionnelle de thé au Japon
La demande mondiale pour le matcha explose, et tout l'écosystème japonais vacille avec.

Selon un reportage relayé par Nation Thailand, les producteurs de thé au Japon réorientent leurs parcelles de sencha vers le tencha — la feuille ombragée qui devient le matcha après mouture. Conséquence immédiate: cette tension sur l'offre a fait plus que doubler le prix moyen d'expédition de la matière première, atteignant 8 562 yens le kilo en 2025, d'après l'Association japonaise de la production de thé.
Le tencha s'arrache, le sencha recule
Pour mesurer l'ampleur du basculement, un seul chiffre suffit: 8 562 yens le kilo, plus du double du tarif d'il y a un an, et la cinquième hausse annuelle consécutive. Le tencha ne grimpe plus, il s'arrache. Chez Ikeda Seicha Co., dans la préfecture de Kagoshima, les boîtes de 30 grammes partent plus vite que les stocks ne se renouvellent. Le directeur Kenta Ikeda résume sans détour: ses clients achètent littéralement tout ce qu'il a en rayon. Le profil aromatique du tencha — umami profond, verde végétale, douceur marine — devient un actif aussi stratégique qu'un grand cru de café vert.
Quand le sencha recule, le consommateur trinque
Le revers de la médaille, c'est l'autre visage du Japon. Les producteurs qui basculent vers le tencha réduisent mécaniquement le sencha — pourtant le thé le plus bu du pays. Les prix s'envolent, les acheteurs se détournent, et selon Toru Mitsumura, de la Chambre de l'industrie du thé de Kagoshima, les linéaires de supermarché japonais voient déjà le sencha remplacé par du thé d'orge et d'autres boissons. Une alerte directe que je relaie sans filtre: quand la hype retombera, certains cultivateurs auront sacrifié leur socle historique pour un effet de mode, et l'amertume du regret sera longue.
Trois réflexes avant votre prochaine boîte
Pour vous qui utilisez le matcha au quotidien — latte matinal, rituel au fouet en bambou, ou actif cosmétique dans vos soins — voici ce que je surveillerais dès maintenant:
- Origine et millésime d'abord. Un tencha récolte 2025 vaudra plus cher, et les lots d'avant-pic deviennent des raretés à traquer.
- Couleur et amertume en indice. Quand la matière première flambe, la qualité de la couverture se dégrade: un matcha trop pâle, trop sucré en version latte, doit vous alerter sur la qualité de la feuille sous-jacente.
- Élargissez votre palette. Sencha de Kagoshima, kukicha, hojicha torréfié — le Japon garde des merveilles accessibles et un profil aromatique complémentaire, à condition de ne pas tout miser sur le buzz matcha.
Le mouvement est lancé. À nous, buveurs et préparateurs avertis, de ne pas laisser la hype dicter ce qui mérite de finir dans notre bol — ni sur notre peau.